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Initiative sur les entreprises responsables, du greenwashing et de l’ingérence !

L’initiative sur les entreprises responsables me fascine !

La première chose qui me vient à l’esprit quand je vois écrit quelque part « soutenez l’initiative pour des multinationales responsable », c’est oui !

Qui en Suisse ne souhaite pas en 2020 des entreprises plus responsables et plus soucieuses de l’environnement ? Personne.

En me renseignant et en lisant plus en détail le texte, je me rends compte que cette initiative est de la poudre aux yeux, du Greenwashing à l’échelle nationale ! 10'000 bénévoles, 500 comités d’associations, la production d’un film de 40 min pour dénoncer les agissements honteux de Glencore ou Lafarge… bref on est en plein dans l’instrumentalisation de la société…

Avec un tel soutien, qui oserait encore s’opposer ?

Comme dit un peu plus haut, je soutiens sans réserve le fond défendu par cette initiative ! Cependant, j’ai de grandes réserves quant à l’application de cette dernière. En effet, l’initiative souhaite que les victimes - peu importe dans quel pays elles se trouvent - puissent engager une action en responsabilité civile devant des tribunaux suisses pour obtenir réparation. J’ai dû relire cette phrase plusieurs fois pour bien comprendre…

On imagine donc, que des habitants, ou un collectif d’habitant, résidant dans un pays étranger et qui travaillent pour un fournisseur ou une succursale d’une multinationale suisse puisse se rendre en Suisse pour demander gain de cause à un tribunal suisse sur des agissements qui ont lieu à des milliers de kilomètres de là ? Je suis navré pour les partisans de cette initiative, mais pour moi ça n’est pas envisageable. On va beaucoup trop loin dans l’ingérence et on est en train de faire des promesses qui ne seront pas tenues ! Et ne serait-ce pas plutôt à l’organisation mondiale du commerce de se mobiliser pour ce type d’initiative ? À l’heure ou le multilatéralisme est décrié, l’OMC aurait là une formidable carte à jouer et pourrait clairement reprendre son souffle. Dans tous les cas, ça n’est pas à la Suisse de régler des problèmes qui surviennent dans d’autres pays. Nous pouvons, les dénoncer, nous pouvons intervenir auprès d’ONG, ou de l’OMC, mais nous ne pouvons pas contraindre juridiquement des entités étrangères avec une base légale suisse. Penser le contraire revient à imposer son idéologie du monde en dehors de la Suisse. Je ne partage pas cette opinion.

En revanche, on a un contre-projet intéressant, travaillé en commission, approuvé par le Parlement, prêt à être appliqué. Les opposants au contre-projet me diront qu’il ne va pas assez loin, qu’il est trop souple… Mais au moins avec ce contre-projet, on va quelque part et on ne vend pas du rêve au citoyen suisse en lui faisant croire qu’il est en train de changer le monde.

Le contre-projet prévoit des mesures concrètes qui seront rapidement appliquées, ces mesures même si certaines sont non-contraignantes ont l’avantage d’imposer une vraie transparence pour les multinationales. Un premier pas dans la bonne direction qui contribuera significativement à améliorer les situations catastrophiques qui peuvent se dérouler sur des sites d’extraction de matière première.

Pour conclure, je pense qu’il convient de se poser la question, voulons-nous nous donner bonne conscience en votant une initiative qui prendra des années à être potentiellement applicable et qui menace directement une partie de notre économie ou souhaitons-nous plutôt à un contre-projet qui apporte clairement notre pierre à l’édifice dans la lutte contre les inégalités et le renforcement des droits sociaux et environnementaux dans le monde ?

Commentaires

  • "On va beaucoup trop loin dans l’ingérence et on est en train de faire des promesses qui ne seront pas tenues !"

    Votre plaidoyer est moins grave que celui du CF qui ment effrontément en annonçant que la Suisse serait le seul pays à envisager un tel dispositif. Non seulement la France dispose déjà d'un outil similaire, mais le Luxembourg et l'Allemagne sont sur le point d'en proposer un à leur tour avant que la CE et l'ONU ne reprennent le flambeau.
    https://multinationales.org/Devoir-de-vigilance-les-multinationales-francaises-pas-a-la-hauteur
    https://www.franceinter.fr/environnement/devoir-de-vigilance-climatique-25-multinationales-francaises-epinglees
    https://ccfd-terresolidaire.org/nos-combats/partage-des-richesses/loi-sur-le-devoir-de-6571

    Le signal d'un refus des Suisses serait catastrophique en terme d'image qui a été déjà passablement égratignée avec les affaires des fonds en déshérence et la liste grise du blanchiment.

    Mais vous vous trompez et trompez le monde lorsque vous parlez d'ingérence. Car, ne vous en déplaise, les grands groupes visés sont effectivement pilotés depuis la Suisse et la politique économique de violation systématique des droits humains qui ont été décidés dans notre pays avec les Conventions de Genève est avérée en parfaite schizophrénie. Nous risquons de perdre le peu de crédibilité qui nous reste et les entreprises en feront les frais.

    En revanche vous avez raison de souligner le fait que ces grands groupes transnationaux trouveront certainement le moyen de contourner ce dispositif comme ils l'ont toujours fait et quelque soient les contraintes. Il est donc sage de les laisser partir pour assainir notre tissu économique. Car les quelques uns qui menacent de délocaliser sont justement ceux qui abusent. Ils avoueront de facto leur culpabilité et nous serons soulagés de les voir filer nuire depuis ailleurs pour le temps qu'il leur reste avant d'être cloués au pilori.

    Je suis étonné que vous ne voyiez pas la contradiction de proposer la validation d'un contre-projet parfaitement cosmétique qui leur permettra de faire comme si de rien n'était. Et ce alors que le premier contre-projet refusé par la seule voix de la présidente du Conseil aux Etat, KKS qui n'était pas encore Conseillère Fédérale aurait effectivement pu faire passer la pilule.

    Enfin, réduire ce vote à la simple idée de se donner bonne conscience en dit long. Les opposants à l'initiative avouent. Ils sont parfaitement conscients de la violation systématique de ces droits élémentaires qui est largement étayée et prouvée. Ils se bouchent le nez, les yeux et les oreilles pour continuer à exploiter les plus démunis de la plus odieuse des façons afin de ne rien changer à un train de vie qui n'a pas son pareil ailleurs dans le monde. C'est juste honteux.

  • Pierre Jenni n'a pas fini de nous faire marrer. On verra la tête qu'il fait quand on appliquera l'article sur la corruption. AUCUNE ONG en Afrique ne peut poser une pompe manuelle ou autre, créer un point d'eau moderne, sans cracher au bassinet des ministères de l'Eau dans TOUS les pays d'Afrique. J'ai bossé dans ce domaine au Mozambique, où j'y ai appris que la DDC* n'avait pas d'accord de siège, pour payer des droits d'entrée en douane exorbitants, de manière à subventionner le gvt des camarades du FRELIMO. Pour que les députés n'aient rien à dire sur la question...
    * Si les gens qui entrent à la police ont assez évidemment des goûts pour l'ordre, donc sont plus ou moins à droite, les gens de la DDC sont assez exclusivement pour la justice, donc plutôt de gauche. La DDC a été longtemps le lieu de rassemblement des anciens 68-tards...

  • Géo confirme avec son expérience de terrain que nous ne saurions mettre en doute. Reste juste à savoir si nous voulons être complices ou si nous voulons participer, à notre humble mesure, à l'évolution des mentalités.
    Pour moi, c'est vite vu. Si les Suisses rejettent cette initiative je renonce définitivement à participer à la chose publique. Ma petite voix ne sera plus goutte dans cette océan calamiteux. Et je planquerai mon passeport, submergé par la honte d'être un citoyen de ce pays.
    Et si ça fait se marrer Géo c'est tout ça de gagné et ça le changera de sa grogne légendaire.

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