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L’agriculture en suisse et à Genève

Voilà un sujet dont on ne parle pas assez souvent.

Nous avons récemment visité avec le PLR l’entreprise MBX SA. MBX est une exploitation agricole familiale qui recouvre un panel très large de métiers agricoles. En effet, en une seule exploitation, on trouve une quantité importante de produits, de la viande bovine, un élevage de poulets de chair, différentes céréales, du vin ou encore le compostage en bord de champs. J’ai trouvé cette visite tellement intéressante que j’ai décidé d’écrire quelques lignes pour nos agriculteurs.

On se souviendra encore longtemps de l’année qui s’est écoulée, 2020, une année formidable pour la planète qui a pu au contraire de l’humain, reprendre son souffle.

La période de semi-confinement du mois de mars a également permis de mettre en avant tous nos producteurs locaux. Le monde paysan a été mis sur un piédestal et c’est tant mieux !

Il est bon de revenir aux fondamentaux et se rappeler que la nourriture que nous consommons chaque jour est issue de la terre et qu’il y a derrière chaque plat que nous consommons un paysan.

Mais qu’est qu’un paysan ? Je crois qu’un rafraîchissement sur le sujet ne ferait de mal à personne. Un paysan, c’est avant tout un producteur de denrées alimentaires. Une ordonnance fédérale de 156 pages détaille le sujet et donne notamment quelques précisions. En suisse pour avoir le statut de paysan (et donc droit au versement direct de l’état), il faut être domicilié en suisse, avoir moins de 65 ans, une formation adéquate selon le secteur dans lequel on évolue ou encore être une entité morale (SA, SARL). Si l’on respecte ces exigences, on pourra ainsi prétendre aux contributions directes versées par la confédération et qui répondent à un échange de prestation.

Ensuite au niveau fédéral toujours, il y a une politique agricole qui est définie à l’article 104 de la constitution et qui donne notamment cinq axes qui peuvent être résumés comme suit :

  • Contribution au paysage cultivé
  • Contributions à la sécurité de l’approvisionnement
  • Contribution à la biodiversité
  • Contributions à la qualité du paysage
  • Contribution au système de production.

Une seconde ordonnance fédérale, l’ordonnance sur les prestations écologiques requise (PER) vient également fixer des objectifs qui, s’ils ne sont pas remplis, empêchent les versements directs (article 11 OPD).

Ces PER comprennent notamment :

  • Une garde des animaux de rente conforme à la législation sur la protection des animaux (art. 12 OPD)
  • Un bilan de fumure équilibré (art. 13 OPD)
  • Une part appropriée de surfaces de promotion de la biodiversité (art. 14 OPD)
  • Une exploitation conforme aux prescriptions des objets inscrits dans les inventaires d'importance nationale (art.15 OPD)
  • Un assolement régulier (art. 16 OPD)
  • Une protection appropriée du sol (art. 17 OPD)
  • La sélection et l'utilisation ciblée des produits phytosanitaires (art. 18 OPD)
  • Des exigences concernant les semences et les plants (art. 19 OPD)
  • Des exigences concernant les cultures spéciales (art. 20 OPD)
  • Exigences concernant les bordures tampon (art. 21 OPD)

Avec ce que je viens d’énumérer, et attention je ne suis qu’au niveau fédéral, on comprend déjà une chose, être paysan en suisse, c’est respecter énormément de règles et de mises en conformité.

Alors ensuite, comme annoncé, vient la politique agricole cantonale qui elle est basée sur 3 piliers qui sont de :

  • Préserver les terres cultivées
    • Ainsi on évite le mitage du territoire et on préserve les surfaces d’assolement (SDA)
  • Promouvoir les produits locaux
    • Cela permet d’assurer la crédibilité et la traçabilité des produits à travers toutes les chaînes de distribution, grande surface, marché, cantine, restaurant, hôtel, événements, etc.
  • Produire des produits agricoles de qualité
    • Ainsi on favorise l’innovation et l’adaptation des infrastructures agricoles en améliorant les bases de productions et les conditions de travail des ouvriers agricoles.

L’agriculture Genevoise représente 386 exploitations agricoles (382 en 2017)[1], dont un cinquième dispose d'une surface agricole utile de 50 hectares ou plus. Le tout représente environ 2000 emplois directs et un produit brut d’environ 230 millions de CHF. Ce chiffre peut sembler insignifiant ou au contraire grand pour certains, pourtant nous arrivons ainsi à un taux d’autosuffisance global de 20%...

Le tableau ci-dessous résume parfaitement la chose, à Genève, si on voulait pouvoir vivre en autosuffisance il nous faudrait encore fait pas mal de progrès dans certains secteurs.

Tab-Agri.png

Source : Le métabolisme agricole de l’agglomération franco-valdo-genevoise chiffre de 2010.

 

Avec ces rappels des chiffres et des règlementations, on se rend bien compte que le métier d’agriculteur est très encadré et régulé. Je trouve cela bien d’une certaine manière, car il faut quand même encadrer et établir un certain nombre de règles sur la manière de faire et également l’emploi des produits ou encore le traitement des animaux et du personnel. En même temps je réalise aussi que c’est compliqué et que ça pourrait presque être décourageant pour quelqu’un de devenir agriculteur.

En suisse les agriculteurs sont plutôt bien traités en ce qui concerne les aides étatiques, les versements directs permettent de valoriser nos produits du terroir en Suisse comme à l’étranger et la politique agricole fédérale me semble aller dans la bonne direction.

Mais plusieurs interrogations me viennent, surtout concernant les futures votations fédérales à venir sur l’utilisation de pesticide notamment. Il est encore un peu tôt pour parler de ça et je reviendrai plus en détail sur ce sujet dans quelques mois. Mais pour dire les choses simplement, aujourd’hui, on doit se poser une question. Savoir ce que l’on veut comme agriculture ? Est-ce qu’on souhaite pouvoir subvenir au maximum du possible aux besoins de la population et ainsi encourager et augmenter le taux d’autosuffisance alimentaire ou alors souhaitons nous durcir les réglementations en vigueur et ainsi augmenter notre dépendance envers d’autres pays et réduire notre taux d’autosuffisance alimentaire ? Je n’entends pas répondre à ces questions aujourd’hui mais nul doute que je reviendrai en parler dans les prochains mois.

 

[1] Statistiques cantonales, les 21 domaines : 07. Agriculture et sylviculture, www.ge.ch

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